Maximum, créateur de meuble upcyclés

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Pas moins de 350 millions de tonnes de matériaux finissent dans les déchèteries des usines françaises chaque année. Des déchets qui, bien qu’inadaptés à leurs fonctions premières, méritent d’être réutilisés. C’est le pari qu’ont pris Basile de Gaulle, Romée de la Bigne et Armand Bernoud, à l’origine de Maximum.

Quand les échafaudages d’Altrad-Plettac deviennent trop dangereux pour supporter des ouvriers, ils ne finissent plus à la poubelle mais se transforment désormais en tables. Leurs atouts structurels s’associent à la robustesse d’anciennes cloisons vitrées impossibles à redécouper pour créer la table Clavex.

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Quant aux fauteuils hauts Gravêne, ils sont fabriqués à partir de plastique et de lames de parquets. Du mobilier contemporain qui laisse rarement entrevoir son passé. Passé qui détermine pourtant la fonction du meuble puisque Maximum ne recycle pas mais upcycle. L’atelier s’intéresse au déchet en tant qu’objet et non seulement en tant que matière. « Il faut donc jouer avec l’existant, avec l’essence du déchet. La contrainte impose alors de procéder à l’envers et de se laisser guider par ce que l’objet permet et ce qu’il interdit. Nos meubles héritent leur dessin des pertes de production qui les composent. » avouent les trois comparses à l’origine du projet. Si pour l’instant leur catalogue se compose d’uniquement d’une seule collection, ils travaillent actuellement sur la seconde. Elle sera réalisée à partir de déchets d’Airbus et d’A360. Stay tuned !

 


 

Quels sont les atouts concrets de l’upcycling en dehors du recyclage: l’utilisation de matériaux originaux (exemple)? De nouvelles formes de meubles? Plus de pièces uniques? Des prix compétitifs?

Le recyclage est le retour à l’état 0. On détruit la forme pour revaloriser à la matière première contenue dans le déchet.

Chez Maximum nous pratiquons la ré-utilisation. Elle consiste à intégrer un déchet dans un nouveau produit en profitant de sa forme initiale, de sa technicité et de toutes les caractéristiques que sa vie antérieure lui à donné. On s’intéresse au déchet en tant qu’objet et pas uniquement en tant que matière.

Il faut donc jouer avec l’existant, avec l’essence du déchet. La contrainte impose alors de procéder à l’envers et de se laisser guider par ce qu’il permet et ce qu’il interdit. Nos meubles héritent leur dessin des pertes de production qui les composent. Les formes obtenues, si elles sont souvent originales, tirent aussi leur intérêt de l’histoire qu’elles racontent. Elles portent les stigmates de l’activité industrielle de nos partenaire et sont en quelque sorte une petite fenêtre qui permet un coup d’oeil dans leur usine.

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Nous ne travaillons qu’avec des pertes issues de production en série. Les déchets qui intègrent nos meubles sont générés quotidiennement en dizaines d’exemplaires identiques. Cette récurrence nous permet reproduire nos modèles en grandes série. Cependant, un élément d’unicité s’invite souvent sur chaque pièce à l’endroit de la couleur. La couleur provoque souvent la mise au rebut d’un matériau lorsque celle-ci n’est plus maîtrisable. En récupérant ces déchets de couleurs (peintures, plastiques) nous ne maîtrisons pas les teintes de notre mobilier, et chaque pièce que nous produisons à un coloris unique et original.

À titre d’exemple, la finition de notre table Clavex est faite à partir de rebut de peinture. Nous demandons à notre peintre de puiser dans les pertes de son réseaux d’aspiration, là où se mélangent les restes de ses commandes précédentes. Nos tables sont donc toutes uniques par leur couleur qui sont le fruit d’un mélange fortuit.

Produire à partir de déchet permet aussi l’accès à des matériaux exceptionnels.

Nous travaillons sur notre seconde collection, qui sera alimentée par les déchets d’Airbus.

Le premier dessin est une étagère en panneaux plancher d’A350 qui ont été déclaré non conforme par l’industriel. Ils sont en carbone, sont extrêmement léger tout en faisant preuve d’une impressionnante solidité. Ce matériau coûte très cher (500€/m2), il ne se recycle pas et doit donc être enfoui après sa mise au rebut. Notre étagère, en plus d’éviter l’enfouissement de ces planches, profitera de l’extrême technicité du matériau. Ce qui est drôle, c’est que le meuble coûtera bien moins cher que la matière qui le compose!

Le bénéfice économique est le dernier atout de notre modèle de production. En récupérant un déchet pour revaloriser sa forme, on profite de tout le travail que l’industriel a fourni pour transformer la matière en objet. Cette économie de travail nous permet de pratiquer des prix alignés sur ceux de concurrents qui sont des géants industriels, alors que nous ne sommes qu’un atelier artisanal parisien.

Y-a-t-il des tendances dans l’upcycling?

Chez les particuliers l’Upcycling est une pratique avant-tout. Souvent décorative et sympathique, elle permet d’exprimer sa créativité et son besoin de faire, dans une démarche décomplexé écologiquement, non sans une certaine posture de réticence face au samedi après-midi passé à Ikea. Et puisque c’est aussi un acte de revendication, l’Upcycling est beaucoup dans une phase de communication où il faut que ça se voit! Du banc-skate au bouchon-bougeoir en passant par le fauteuil-palette, peu importe si l’objet a de la gueule ou du sens, l’idée est que l’origine de l’objet soit très marquée.

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En revanche, chez les designers, les architectes ou chez les marques qui ont fait de cette méthode leur spécialité il existe tout type de postures. Il y a des objets de grand luxe comme les fauteuils de Fallen furniture fait d’anciens réacteurs d’avion ainsi que des produits plus grand public comme les sac Freitag en bâches de camion.

Cette façon de créer des meubles s’adresse-t-elle en priorité à un public jeune, ou concerné par le recyclage?

Aujourd’hui les problématiques environnementales font partie des préoccupations de la majorité de la population, quelque soit la tranches d’âge interrogée. Nous savons tous que nous devons absolument trouver de nouveaux modèles de productions qui apporteront une réponse à un double problème: la raréfaction des ressources et la prolifération des déchets.

Cela dit, nous travaillons pour que nos meubles n’ait rien à envier en terme de confort, de qualité et d’esthétique à des meubles produits de manière classique. Cette exigence nous permet de nous adresser à toute personne cherchant à se meubler avec du mobilier original, qu’elle soit ou non sensible à la dimension écologique de notre projet!

Notre clientèle est donc très varié, et comprend même des entreprises, qui aiment pouvoir communiquer sur leur engagement écologique.

Peut-on dater l’upcycling? Où est-il apparu en premier? Y a-t-il des chefs de files et/ou écoles?

Le pape du design de récupération est sans doute l’italien Achille de Castiglioni, qui dessine notamment en 1957 le tabouret Mezzadro, fait à partir d’une selle de tracteur. Même si le meuble n’a pas été édité à partir d’authentiques selles récupérées, c’est pourtant l’existant qui a guidé le dessin.

Ce qui est intéressant de noter, c’est le moment où le réemploi s’est introduit dans l’industrie, acteur pourtant majeur de la sur-consommation. Le premier exemple motivé par une considération environnementale, remonte à 1960. Lors de vacances passées sur l’île de Curaçao, Alfred Heineken observe que ses bouteilles gisent par millier sur les plages avant d’être utilisées par la population locale dans les murs de leurs maisons comme briques translucides.

Il eut donc l’idée géniale de faciliter cette seconde vie en demandant à un architecte de dessiner une bouteille carré et imbricable.

Mais la question est plutôt de savoir quand cette pratique c’est arrêté dans notre société occidentale.

Avant l’industrie de masse, extraire et transformer la matière représentait un travail considérable. Les hommes up-cyclaient donc systématiquement. Ce n’était pas une démarche écologique, mais simplement logique.

On raconte que les cow-boys brûlaient leurs maisons lorsqu’ils quittaient une région afin de récupérer les clous qui avaient servis à construire la charpente.

Dans les pays en voie de développement, l’up-cycling est une pratique tout à fait naturelle. On remarque que jeter est en fait l’apanage d’une société pourrie gâtée.

http://www.maximum.paris/

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