Forweavers, l’art du tissage au service du lien social

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For Weavers @alexandre-sattler
Chine, dans la province du Yunnan, une femme dans son champ à contre jour.

Passionné par l’art du tissu en général, Ali Rakib parcourt le monde à la
recherche des textiles méconnus et éco-responsables qui se retrouveront peut-
être sur les catwalks la saison prochaine.

« Quand l’esprit voyageur tisse, les liens deviennent évasion » Ali Rakib

Ali souhaite rendre accessibles et démocratiser les tissus respectueux de l’environnement qu’il découvre au fil de ses voyages et de ses rencontres. Il souhaite aussi soutenir les communautés reculées et contribuer à faire perdurer des savoirs – faire uniques et précieux.
Ainsi il fonde FORWEAVERS, qui signifie tisseurs  en allant à la rencontre des différentes cultures, il travaille aujourd’hui avec 24 Pays dans le monde et il contribue à la sauvegarde des patrimoines textiles mondiaux.


 

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  • Quand & comment est né le désir de créer votre marque ?

Mes origines sont du Sud Atlas Marocain, et dans nos régions les patrimoines immatériels disparaissent à une vitesse inquiétante. En visitant des communautés rurales de par le monde, il m’est apparu que cette évaporation des cultures était généralisée, et que les modes de vies ne s’en portaient pas mieux.

On quitte sa montagne pour un bidonville, et on exerce des boulots avilissants pour quelques pièces…

Il y a 5 ans, j’ai donc décidé de tout quitter pour vivre de nouvelles expériences à travers le monde, et trouver un moyen de palier à ce fléau. Il m’est très vite apparu l’importance de créer des emplois plutôt que de faire la morale ; et le métier le mieux approprié aux bénéficiaires ciblés était le tissage textile. En effet ; on tisse partout dans le monde ; dans les pays chauds et froids, du nord comme au sud ; et le tissage est un des rare métier non tabou pour les femmes qui sont d’une importance capitale dans ce projet de transmission de patrimoines culturels.

C’est là qu’est né FORWEAVERS ; une plateforme de distribution de textiles du monde, permettant aux localités les plus isolées de vivre de leurs savoir-faire, et d’acquérir une autonomie via des activités génératrices de revenu.

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Ainsi ils peuvent s’épargner un exode rural trompeur, et deviennent acteurs de la sauvegarde de leur propre patrimoine culturel.

  • TA définition d’un Artiste ?

Un artiste est une personne capable de transmettre une émotion à tout autre individu, quelle que soit sa façon de percevoir son œuvre.

  • Quelles sont tes inspirations ?

Je vais me montrer chauvin, mais mon inspiration se trouve dans les montagnes d’où sont issus mes ancêtres.

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Un jour vint un homme frapper à l’énorme porte de notre maison faite de pierre et de bouses. En allant ouvrir je m’étonnais de voir un homme immense, un « homme bleu », touareg d’après son parlé que je comprenais mal.

Je m’en suis allé quérir mon oncle, qui sans un mot l’a fait entrer, lui a lavé les pieds, donné à boire, à manger, et l’a laissé dormir une bonne heure… A son réveil, il lui servi un verre de thé à la menthe, et c’est seulement à ce moment qu’il lui a parlé pour lui demander qui il était, d’où il venait, et si les chèvres avaient à brouter dans telle région, etc…

J’ai trouvé cela fascinant d’équilibre, et m’en suis inspiré toute ma vie.

Dans ces cultures du désert où la vie humaine ne tient parfois qu’à un souffle, il est primordial de d’abord satisfaire les besoins primaires d’un humain, avant de s’interroger sur son ethnie ou ses intentions.

Reproduire cette logique à Paris dans le métro est une autre aventure, mais je m’y exerce chaque jour !

  • Qu’est ce qui te fait rêver, lever le matin ?

Le plaisir de rencontrer des collaborateurs qui, pour certains ont dépassé l’échelon professionnel pour devenir des amis ;

Le plaisir de revoir des amis qui, pour certains ont atteint le niveau de la famille.

  • Qu’est ce que tu chantes sous la douche ?

Trop courtes pour chanter quoi que ce soit…

Mais quand j’ai mes crises de folie en général je chante du Nirvana

  • Quels sont les obstacles à surmonter dans ton activité pour être « Green »?

La perception que s’en font (ou qu’ont l’air de s’en faire) certains de mes clients ; être green, ce n’est pas forcément être un hippie qui veut sauver le monde en fumant des joins…

C’est parfois des choses très simples, comme choisir de consommer local, limiter sa quantité de vêtements, manger les restes de la veille, et transmettre ce mode de vie aux enfants…

  • Peux tu nous raconter un moment de ta vie inoubliable ou une rencontre incroyable ? Une personnalité que tu admires pour ses actions bienveillantes ?

Dans mon exploration textile, je suis arrivé au Cambodge pour y trouver un certain japonais qui, il y a 30ans, aurait ressuscité un savoir-faire disparu durant la guerre d’Indochine. J’ai d’abord commencé par me perdre et me faire suivre par une meute de chiens affamés… Une pierre à la main leur a fait garder distance, et j’ai continué à marcher à la recherche d’un premier temple perdu d’Angkor, car on m’avait dit que son village se trouvait au-delà de cette zone.

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J’ai ensuite été pris par une moto, et c’est après 40mn de piste rouge qu’on a pu atteindre le village. Monsieur Kikuo Morimoto m’y a accueilli comme son fils, m’expliquant en détail toute son histoire.

Kikuo Morimoto
Kikuo Morimoto

J’admire vraiment ce monsieur pour son œuvre, mais aussi parce que j’ai découvert qu’il était une célébrité continentale asiatique seulement à mon retour en France. Chez lui, tout était si simple in sincère…

 

  • Des endroits «  Green » favoris ? ( pays , lieux ?? ) Une recette Green ? des habitudes green ? 

Ce qu’il y a de plus green et que j’aime énormément, ce sont mes activités de reconstitution historique avec les membres de notre association Fief & Chevalerie.

Comme nous reproduisons la vie comme au Moyen-âge, nous allumons nos feux sans briquet, teignons nos tissus avec des plantes, etc, je n’ai jamais autant été « green » qu’avec eux.

Mais pour être totalement en rupture avec le monde et m’isoler dans du « all green », j’aime partir quelques jours en mode survie en milieu hostile. Je recommande cette activité à tout le monde, au moins une fois dans sa vie.

Pourquoi ne pas vous joindre à moi sur une île dans le pacifique la prochaine fois ?

  • Es tu un Green Addict ?

Actuellement je suis dans le « tant bien que mal », en attendant de pouvoir faire mieux.

Trop bien informé, je ne puis fermer les yeux sur certaines choses, et j’agis.

Pour le reste, j’essaie de ne pas entrer dans une psychose, et ne pas générer d’anxiété chez mes proches.

Le « green » est plus efficace lorsqu’on a une approche globale et calculée sur du long terme, plutôt que réactif uniquement dans l’urgence d’un fait médiatisé.

 

  • Ton dernier « Green Chills » ( def : emotion vibratoire transcendante très agréable et grisante parfois ressentie face à la force des rêves, projets et aventures humaines, de la nature, de l’art, de la musique, de l’intelligence collective … )

En 2015, les premières pages d’écriture de mon roman ethnographique sur les cultures ancestrales des orcs (créatures maléfiques des sagas nordiques – on les retrouve dans Le Seigneur des Anneaux – Tolkien), ont été fortes en émotion ;

je fonctionnais quasiment en écriture automatique tellement l’inspiration était fertile et le plaisir immense.

Je n’aurai jamais soupçonné autant aimer l’écriture, et c’est hallucinant d’encore se découvrir des passions et se découvrir soi-même à 34ans.

 

  • Sur quels futurs projets travailles-tu ?

Sauvegarde de patrimoines immatériels amérindiens (Canada et USA) avec les communautés Algonquins, Inuits, Hopi et Navarro.

Découverte de tissus de racines d’Afrique subsaharienne.

Développement de tissus d’écorce des îles polynésiennes.

http://forweavers.com/

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