Brodlim, un rêve transformé en Art

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La première fois que je parle à Clément Caussanel, co-créateur du projet Brodlim avec son ami Guillaume Massard, il est au beau milieu d’une gare parisienne bruyante, sur le chemin de l’aéroport pour repartir en Inde dans quelques heures après quelques jours passés à Ibiza où leurs oeuvres sont exposées.

Je lui explique les ambitions du Green Chills project, lui dit que nous souhaiterions exposer leur projet. Que celui-ci est génial, tellement inspirant. Le temps de lui exposer le concept, il est désormais dans le métro, ça coupe. On se rappelle. ça coupe encore. Mais entre deux ruptures de connexions, il dit oui, de sa voix enjouée et chaleureuse.

Clément a 26 ans, il surfe sur un rêve devenu concret élaboré quelques mois plus tôt Avec Guillaume dans la province du Cachemire. ils ont réussi avec talent à réunir deux mondes en apparence aux antipodes, le street Art & l’Art de la broderie traditionnelle indienne.

Le projet Brodlim, association des mots Broderie & Limitée est applaudi et apprécié par de grandes galeries internationales, des organisations prestigieuses et le gouvernement indien.

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Kaos Star © Brodlim

Les photos des oeuvres, capturées par des appareils photographiques, ne rendent qu’un hommage incomplet à la réelle beauté de celles-ci. Ce sont pour la plupart de grands formats qui ont demandé des centaines d’heures de travail. Clement m’explique que ce sont exclusivement des hommes qui ont réalisé les grands formats, ce savoir-faire est en voie de disparition. Fascinés par ce processus à la frontière entre art et artisanat. Ils ont eu l’idée d’allier cette tradition ancestrale au street art et ont pour leur première série fait appel à des pointures du milieu : Okuda, créateur de fresques hautes en couleurs, Julien Raynaud et ses personnages cubistes et enfin Mr Oneatas, street-activist luttant contre les dérives du système.

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© Okuda

Une fois les dessins des trois artistes réalisés, les artisans indiens ont pris le relais. et brodé à la main avec des fils de coton mercerisé, plus résistants que la soie, pour faire passer ces créations du statut de dessins à celui d’œuvres d’art uniques et novatrices.

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Tous pour un © Brodlim

Les oeuvres finales accrochent la lumière de leurs fils de coton aux couleurs éclatantes, brodés à la perfection, dans l’atelier Brodlim où certaines oeuvres sont en transit, lorsque je les vois pour la première fois.

Clement & Guillaume ont réussi un premier tour de magie. Réunir deux arts, deux communautés, deux pays qui n’avaient pas pour vocation première d’être liés et se lancent maintenant encore bien d’autre défis pour les prochains mois.

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© Julien Raynaud

Les voyages et à fortiori ceux en Inde sont souvent initiatiques, féconds en souvenirs détonants mais aussi en remise en question. Les deux créateurs ne diront pas le contraire et vous pourrez venir les rencontrer, et rêver devant quelques unes de ces oeuvres sur le salon The Green Chills les 25, 26 et 27 novembre.

Clément a pris le temps lors de son dernier séjour en Inde de répondre aux questions de l’itw Green Chills :

1.Quand & comment est né le désir de créer ?

Le désir de créer est pour moi un moyen d’expression depuis mon plus jeune âge. Mettre son empreinte sur le monde, nous faire exister à travers autre chose que notre humanité, donner un peu de notre essence. Un sentiment universel je pense, même si ce désir reste variable en fonction des profils. Mais de façon moins personnelle, c’est aussi une façon participer de à la création du monde de demain. Je nourris essentiellement mon désir créatif au travers de mes voyages. Je ne pense pas être capable de changer le monde ! Mais j’ai assez d’imagination pour créer des solutions à certains problèmes qui me paraissent justes et à mon échelle. BRODLIM étant une de ces solutions.

2.Ta définition d’un artiste ?

Quelqu’un qui vit avec passion son énergie créatrice au travers de n’importe quelles formes ou supports artistiques possibles ! Le niveau, le talent, les dons, ne rentrent pas dans cette définition car ce n’est pour moi pas une question de rendu mais d’expression…

3. Quelles sont tes inspirations ?

Mes inspirations sont diverses. Les  voyages me procurent une ouverture d’esprit et une compréhension du monde dans lequel nous vivons. J’ai beaucoup voyagé en Asie mais l’Inde reste mon coup de cœur, ce pays m’inspire tant au niveau professionnel qu’humain ! Un endroit qui commence part une déconnexion totale du superflu, pour aller vers une reconnexion à l’essentiel. Surtout dans l’Himalaya !

Le street-art pour son accessibilité à l’art mais aussi ses messages qui ne sont pour la plupart soumis à aucune influence autre que celle poursuivie par l’artiste. Je suis un réel fan d’OKUDA, Julien RAYNAUD et REMED en autres.

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© Brodlim

Ma rencontre avec la « raw-food » a été une manière de favoriser ma créativité en revisitant ma façon de manger ! Merci Bali !

Le chanteur NAÂMAN ainsi que le chanteur NAHKO BEAR sont tous les deux des personnes extraordinaires et vraies ! Leurs chansons me transcendent, m’évadent et participent au quotidien à ma joie de vivre ! Pour les avoir rencontrés, je peux vous dire qu’ils ont clairement la meilleure « vibe » !!

4. Qu’est ce qui te fait rêver, lever le matin ? :

Quand tu commences à voir l’impact positif de tes projets autour de toi, cela devient rapidement une drogue ! Tu n’as plus envie de rester couché !

J’ai aussi depuis longtemps un rêve de maison d’hôte green un peu spéciale qui me pousse à ne rien lâcher !

5. Qu’est-ce que tu chantes sous la douche ? 

J’adore chanter ou plutôt chantonner des chansons Italiennes comme Toto Cotugno « l’Italiano » ou Umberto Tozzi « Tu » ! C’est mon faux côté Rital !

6. quels sont les obstacles à surmonter dans ton activité pour être green ?

Certaines traditions se perdent, dû à l’arrivée de nouveaux outils plus rapides et moins contraignants mais souvent beaucoup moins respectueux des traditions et de l’environnement. La course au profit touche tous les domaines au détriment de la qualité. Nous en sommes tous les victimes…

Avec BRODLIM nous avons voulu agir comme des puristes dans notre démarche. Tout d’abord travailler avec des artisans qui ont su préserver le savoir de leurs ancêtres. Ils sont de moins en moins nombreux même si le gouvernement tente de préserver sa culture. Tout le processus de production est entièrement artisanal et sans machine. Cela prend beaucoup plus de temps pour créer les couleurs, réaliser les broderies et le séchage. C’est un contrôle continu afin d’éviter au maximum des incidents imprévisibles. Le résultat est si convaincant qu’il n’y a pas de place pour les machines… !

7. Peux-tu nous raconter un moment de ta vie inoubliable ou une rencontre incroyable ?

Une personnalité que tu admires pour ses actions bienveillante ?

Durant l’année 2013 mon associé et moi-même étions en voyage en Inde sans véritablement  savoir où nous allions ! Au détour d’une rencontre à Delhi, trois Indiens nous proposent de nous emmener avec eux pour nous faire découvrir la région du Cachemire et la tradition de leur famille.  Après 24h de voiture sur une route Himalayenne connue pour être dangereuse, nous sommes arrivés bouche bée, par le paysage qui s’offrait à nous !  Nous découvrons alors le fabuleux savoir-faire de la broderie Cachemirienne. C’est à ce moment-là que l’idée de BRODLIM germa en nous !

Trois ans plus tard, le 2 septembre 2016 nous étions invité à exposer au « Who’s Next » le salon international de la mode à Paris. Nous avons eu l’honneur de recevoir la visite surprise de l’Ambassadeur d’Inde et de la ministre Indienne du textile sur notre espace. Leur enthousiasme et leur soutien ont été l’une des plus belles récompenses pour le travail réalisé par notre collectif.

Il suffit parfois d’une rencontre pour bouleverser une existence… !

8. Des endroits green favoris ? une recette green ? des habitudes green ?

Mon endroit green préféré est à Goa en Inde : c’est le Artjuna. Tout y est parfait, le petit déjeuner est à tomber, le midi les salades sont incroyables tout comme l’énergie qui y règne. J’ai toujours fait des rencontres très constructives dans ce lieu… Cela m’arrive d’y aller trois fois par jours ! Je n’arrive pas à décrocher de cet endroit !

J’apprécie également le restaurant Sol semilla à Paris. Je suis un grand amateur de leurs super-aliments et de leurs conseils.

Pour les amateurs de « raw-food » le restaurant de l’hôtel « Fivelements » à Bali est un endroit exceptionnel ! L’hôtel est magnifique et a été élu plusieurs fois le meilleur hôtel-spa au monde.

J’adore me détendre à Paris chez « Les amazones Parisiennes ». Un concept 100% cocooning, créé par deux professeurs de yoga, Caroline Nagel et Gloria Abélians. Elles organisent des rendez-vous différents et uniques alliant yoga, massage, alimentation saine et lifestyle ! Je vous recommande d’essayer et d’aller faire un tour sur leur page Facebook !

Il y a un reportage green que j’ai dû voir plus d’une vingtaine de fois et que je vous recommande. Il s’appelle « Irène Grosjean ou la vie en abondance ». Cette dame est une naturopathe de génie ! Vous pouvez trouver ce reportage sur Youtube !

9. Es-tu un green addict ?

Ca fait très Fashion (Rire) ! Disons que je fais en sorte de faire des choix réfléchis au quotidien !

10 Ton dernier « green chill » :

L’Inde est un pays magique tout comme l’île d’ibiza d’ailleurs ! J’ai toujours rêvé d’avoir ma petite maison dans l’Himalaya, perdue dans la nature. Mon film « Into the wild » à moi mais avec un fin heureuse…! J’étais à Goa lorsque qu’un ami norvégien que je venais de rencontrer me dit : « Ca te dit demain on part pour l’Himalaya ? ». Je répondis « oui » sans hésiter ! Deux jours plus tard après 44h de train et 14h de bus nous arrivâmes dans une auberge vers 18h à Manali. Le soir même je rencontre un Français qui est un professeur bénévole dans une école. Il me propose de partir à 5h du matin skier dans l’Himalaya gratuitement avec un guide qui est un ami à lui ! Je n’ai pas osé lui dire que j’étais épuisé par le voyage car je ne voulais pas rater cette chance improbable ! Le lendemain nous sommes montés en 6h à 3800 mètres d’altitudes pour 1h de descente ! C’était une expérience exceptionnelle ! Le deuxième jour, nous décidons de visiter les alentours ; sur notre chemin nous rencontrons une dame âgée qui promenait ses vaches. Elle nous demande si par hasard nous cherchons une maison à louer ! Nous lui répondons oui et la suivirent ! Nous sommes alors arrivés dans l’endroit parfait que je m’étais imaginé pour résider en pleine nature. Une petite maison dans un très beau jardin, traversé par une rivière et une vue à 360 degrés sur les montagnes ! Puis nous apercevons une immense cascade au fond du jardin avec un panneau indiquant « Meditation area » ! Elle nous explique que la maison n’est équipée ni de douche ni de toilette et qu’elle n’a jamais été louée pour cette raison. Si vous voulez, nous dit-elle je vous la loue 90 euros le mois et avec ces 90 euros en deux semaines nous vous construirons une salle de bain dans le jardin ! Nous avons bien sur accepté ce deal qui permettait à chacun de réaliser son rêve ! Nous d’avoir la maison que nous recherchions et elle de pouvoir gagner de l’argent en louant cette maison par la suite ! Après avoir passé 2 semaines à faire nos besoins dans la nature, la salle de bain fut terminée ! Nous avons passé des moments inoubliables dans cette maison !  Je n’ai pas eu le temps d’y retourner depuis, mais j’y pense très souvent ! Je rêve d’y emmener plus tard ma femme et mes enfants !

Parfois on a juste besoin qu’un de nos rêves se réalise. Juste un, pour nous convaincre que tout est possible !

11. Sur quels projets futurs travailles-tu ?

Avec mon associé nous réfléchissons à revisiter d’autres savoir-faire afin de participer également à leurs préservations. Je ne peux pas vous en dire plus !

Nous réfléchissons aussi à adapter de manière différente nos broderies. Des collaborations originales sont en train de se mettre doucement en place !

Merci Clément & Guillaume.

http://www.brodlim.com

 

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